Galerie Martagon

Isa Barbier, Michel Barjol, Olivier Bartoletti, Martin Caminiti, Julien Cassignol, Max Charvolen, Philippe Chitarrini, Christine Crozat, Bill Culbert, Pip Culbert, Claire Dantzer, Nicolas Daubanes, Nicolas Desplats, Philippe Domergue, Bertrand Gadenne, Jean-Claude Guillaumon, Lina Jabbour, Sandra D. Lecoq, Marie-France Lejeune, Franck Lestard, Susanna Lehtinen, Collectif Susanna Lehtinen/Silvia Cabezas-Pizarro, Sylvie Maurice, Anne-Marie Pécheur, Jean-Yves Pennec, Étienne Pressager, Charlotte Pringuey-Cessac, Pascal Simonet, Christian Valverde




Olivier Bartoletti



La transfiguration du banal

Faire de l’art avec des riens, avec des bâtonnets de cotons-tiges dont on coupe les têtes, avec un peu de fil de pêche qui sert à lier, enserrer, nouer, et voilà le tour qui se joue : la déhiscence de rosaces qui s’agrègent en un engrenage de formes en suspension. Olivier Bartoletti a compris que le cercle est la limite d’un polygone dont on multiplie les côtés : aussi fait-il des courbes avec des tiges rectilignes. Les combinaisons possibles avec les bâtonnets de cotons-tiges sont limitées, mais le fil de pêche vient les contraindre pour les organiser, les arracher à leur destin hasardeux de jonchets : alors une architecture abstraite s’élève. Avec de tels matériaux, les formes apparaissent extrêmement légères, aériennes, comme des étoiles aux couleurs multiples. Elles peuvent être vues sous plusieurs angles, de plusieurs côtés, comme si le principe de démultiplication qui les régit pouvait aller à l’infini. Olivier Bartoletti est un worldmaker, un faiseur de monde, à partir de bribes et de morceaux : odds and ends. La tension du fil de pêche donne une force dynamique à chaque rosace et la rend très maniable : cette figure qui préexiste dans les meubles du Queyras que le musée a sauvegardé semble ici libérée de toute pesanteur (Cf. N. Goodman, Manières de faire des mondes).
Comment l’artiste peut-il faire circuler autant d’énergie et d’intensité à partir de matérieux aussi modestes ?
L’art d’Olivier Bartoletti tient du bricolage et retrouve l’ingéniosité de l’art brut : la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les "moyens du bord". Il part de ces objets hétéroclites et insignifiants pour les porter à la signification : produire un ensemble significatif qui ne différera finalement de l’ensemble de matériaux initial que par la disposition structurale qu’il leur procure. Comme le dit Lévi-Strauss, le propre du bricolage "est d’élaborer des ensembles structurés, non pas directement avec d’autres ensembles structurés, mais en utilisant des résidus et des débris d’événements". Comme le bricoleur qui fait du neuf avec du vieux, Olivier Bartoletti lutte contre le temps qui passe, la tendance au morcellement, à la dispersion, à la dissémination... En défonctionnalisant ses matériaux, il les arrache à leur destin futile de miasmes rebutants, les transfigure pour leur faire exprimer des figures éthérées destinées à faire rayonner des espaces célestes.

Texte d’Alain Cambier, catalogue de l’exposition RAPPEL, Musée Muséum départemental des Hautes Alpes ( http://museum.hautes-alpes.fr/ )


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