Galerie Martagon

Depuis 1991 à raison de 3 ou 4 expositions personnelles, 2 à 3 expositions de groupe par an, par sa rigueur, ses expos hors les murs, ses participations aux foires SAGA, Art Jonction, ses expositions à thèmes, Hommage à Sade, La cuite, Postérieur, présentées par Guy Scarpetta sous l’appellation École de Malaucène, la galerie Martagon est devenue un lieu incontournable de la création contemporaine.




Olivier Bartoletti


"Colorado", installations. Du 6 juillet au 8 septembre. Vernissage le samedi 6 juillet.

OLIVIER BARTOLETTI par MARIE DE BRUGEROLLE

“Les couleurs se présentent en flux continus qui sont en liaison constante avec un voisinage changeant et des conditions générales changeantes. En conséquence, pour la lecture de l’art, ce n’est pas le quoi qui importe mais le comment.”(1)

La relativité de la perception des formes selon leur contexte et la question de la fabrique, de la construction et de la mise en situation des œuvres, sont au cœur du travail d’Olivier Bartoletti. De même que Josef Albers se méfiait du modernisme érigé en dogme, Bartoletti questionne les possibilités de la peinture aujourd’hui, dans une modernité inachevée.

L’organisation spatiale des couleurs, par des moyens plastiques, postule une appréhension de la peinture comme système construit. Les œuvres d’Olivier Bartoletti sont de la peinture en volume. Mobiles ou stabiles selon leur mode d’accrochage, les structures colorées sont composées de bâtonnets de cotons-tiges. Issu d’une pratique qui s’ancre dans une forme de “glanage hasardeux”, le mode opératoire devient à partir de 2002 une véritable méthode. Olivier Bartoletti invente une économie qu’il nomme “Pratique du Spleen”. L’objet trouvé, rebus de la consommation, non- dégradable et résolument pas “ bio ”, est finalement récupéré. Il devient l’élément de base de compositions en grilles, dont les trames flottantes créent des “respirations Cézaniennes” . Mise en abyme et imagerie fractale se télescopent pour créer des formes réversibles, en apparence, éternelles “autoreverse”. Les figures tissées à l’aide de fil de pêche transparent dont les terminaisons ponctuent les zones colorées conjuguent la rigueur formelle de l’abstraction et la fantaisie mouvante de l’organique. Une “abstraction trouvée” apparaît.

Le projet d’Olivier Bartoletti s’il se situe bien dans un désenchantement conserve une dynamique historique qui interroge les fondements de la modernité. C’est-à-dire qu’il s’inscrit de façon structurelle toujours dans celle-ci mais sans dévotion béate par rapport à ses prédécesseurs, sans nostalgie et bien à partir d’aujourd’hui. Interroger une pratique à partir de ses fondements aujourd’hui, c’est faire acte de mémoire et continuer l’histoire, car celle-ci s’écrit toujours au présent. “Le désenchantement m’intéresse car il permet de désactiver l’ego du peintre en un être “sans qualité’”, il permet une dérive “spleenétique” sur les plages par exemple, sans intention, sinon celle de prendre l’air, de laisser l’œil se perdre à l’horizon. C’est par cette pratique du spleen où l’esprit est comme suspendu et le désir non fixé, qu’un jour, presque inconsciemment, j’ai été attiré par la couleur chatoyante d’un bâtonnet plastique dans le sable”.

Les dérives plagistes d’Olivier Bartoletti lui opèrent un double retour aux fondements de la géométrie et de l’humanité. Renouant avec l’arpentage, il effectue un parcours mathématique passant de la surface de sable au cloaque vomissant les eaux usées des villes. Si le “Cloaca Maxima” désigne le grand égout romain, lieu d’expulsion des eaux “usées”, c’est aussi entre l’urine et le cloaque que nous naissons. Cette géométrie déviante structure une abstraction trouvée sur nature, certes, mais retravaillée en atelier. La démarche est assez classique. Le module trivial, petit bâtonnet thermoformé, constitue un répertoire aux coloris variables selon les modes hygiéniques. Ainsi l’apparition du noir est assez récente. A partir de ces cueillettes, une cartographie se dessine, qui est la trame d’une vidéo “La playa del sordo”.

L’usage des “bâtonnets” de coton-tige renvoie par homophonie aux “bâtonnets” qui sont des cellules photosensibles de la rétine. Olivier Bartoletti parle de “peinture réversible”, c’est-à-dire que le geste ne semble pas arrêtée une forme définitive mais que celle-ci s’inscrit dans une pratique multiforme.

(1) Josef Albers, L’interaction des couleurs, éditions Hazan, 2008.

Les bâtonnets : Ils sont 25 à 100 fois plus sensibles que les cônes, ils nous servent à voir dans la pénombre. Ainsi, grâce à eux nous pouvons voir malgré une très faible luminosité. Dans ce cas, nous ne percevons pas les couleurs car il n’y a qu’un seul type de bâtonnet. Nous le constatons aisément en observant de nuit un paysage éclairé par la pleine lune, nous voyons sans apprécier les couleurs. Pourtant les couleurs sont là car la lumière réfléchie par la lune est celle du soleil. Notre oeil a 100 à 110 millions de bâtonnets.

Marie de Brugerolle, Lyon, Mars 2009


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