Galerie Martagon

Galerie Martagon : Un lieu d’échanges et de rencontres qui milite pour la diffusion de l’art contemporain en milieu rural. Située à Malaucène au pied du mont Ventoux, elle doit sa pérennité et sa réputation à la diversité et à la qualité de ses expositions.

En 2018, trois médiums seront à l’honneur :
- la peinture avec Fabien Boitard et Frédéric Clavère
- la sculpture avec Alain Domagala et Mengzhi Zheng
- le dessin durant « Paréidolie la saison du dessin » avec :

Claire Dantzer, Pascale Hugonet, Ariane Maugery, Anna NoviKa Sobierajski, Océane Moussé, Armelle de Sainte Marie




Alain Domagala "Dans l’epaisseur des surfaces disloquees" Mengzhi Zheng "Plus grand que les murs"


du 13 juillet au 9 septembre 2018

Vernissage le 13 juillet, 18h00

Alain Domagala

Le dessin est la part essentielle de mon travail. Il intervient dans la phase de conception de mes projets d’images, d’environnements et de sculptures. Ma recherche s’est organisée autour de la pratique du dessin assisté par ordinateur et des questionnements soulevés par cet outil, notamment celle du standard, de l’échelle puis du contexte qui découle de la précédente. Ces trois problématiques sont intimement liées par la notion de rapport et pointent des questions de représentation physique et mentale me permettant de concilier perspective et prospective.
Je dessine sur une surface creuse en projetant des formes géométriques simples, qui par assemblage (opérations booléennes 1 ) forment des objets plus ou moins complexes. L’ambiguïté de cette définition témoigne du rapport existant entre cette forme de dessin et ma pratique de la sculpture, qui se définit du côté du construire.
La modélisation virtuelle me permet d’obtenir une idée précise de l’intégration d’un projet dans un espace donné. Elle m’offre également la possibilité de manipuler des objets matériellement inaccessibles. C’est avant tout, une première façon d’envisager leur édification.
Mes différentes séries d’images 2 sont la finalisation de projets qui ne sont pas pensés pour être réalisés en volume. Elles représentent une sorte d’état intermédiaire du bâti que l’on pourrait définir comme autant de chantiers hésitants entre la construction et la démolition. Ils émergents, en fonction des séries, dans des paysages plus ou moins définis. Je m’attache à y travailler des rapports de forme et de registre dans un souci de design flottant entre le prototype et l’archétype.
Ces images se matérialisent sous forme de tirages numériques, de projections ou de diaporamas. Les scènes produites se découvrent d’un point de vue unique. La projection diffère la qualification et l’appréciation de ces images. C’est un moyen de jouer avec les formats et l’espace, de retarder les relations que pourraient entretenir ces objets avec le tangible. J’aime cette impression de promenade que produit le diaporamas donnant à voir ces images comme autant de traces de ces errances imaginaires. Cette recherche par le dessin est une phase d’exploration qui donne naissance à une production d’objets sculpturaux qui semblent projetés de ces univers. Je voudrais utiliser un mot pour illustrer une image et jouer avec une ambiguïté. Le terme « modèle » peut désigner un objet et sa représentation « réelle » ou « imaginaire ». Je pense qu’il évoque la juste position intermédiaire dans laquelle se placent les objets que je construis d’une façon ou d’une autre. J’aimerais que l’on regarde ces objets comme des images et inversement.
Je m’attache depuis quelques années à envisager mes expositions comme des environnements dans lesquels chaque élément participe à un paysage global qui s’appréhende en empruntant un parcours plus ou moins obligé entre les images et les sculptures. L’image y est aujourd’hui dépendante en terme de représentation des objets présents et de l’espace où elle se tient et inversement 3.

1 George Boole (1815-1864) logicien, mathématicien et philosophe britannique. Opérations Booléennes : technique de modélisation concernant la représentation d’un objet solide en combinant d’autres objets solides simples (cube, cylindre, sphère, cône, tore...) à l’aide d’opérateurs booléens (addition, soustraction, intersection).
2 Je suis allé me promener je me sens mieux, En Cosmogonie.
3 Aux instants idéels , 2014. Au cirque des conscrits, 2015. Le concile des distants, 2016.


Mengzhi Zheng

Fond blanc, surface colorée
(Note sur quelques dessins et quelques maquettes abandonnées de Mengzhi Zheng)

Plissements

Les dessins récents de Mengzhi Zheng sont nouveaux dans la forme et dans les questions qu’ils permettent de déployer. Petits traits sur fond blanc, ils semblent se déplier à partir d’eux mêmes jusqu’à ce qu’un état d’équilibre précaire soit en quelque sorte atteint, soit devenu palpable. Un trait de trop, un trait qui manque aussi bien, et la tour ou l’escalier, la station orbitale ou l’échelle, la carapace ou l’esquisse d’une opération d’occupation d’un espace vierge, bref la structure semi-vivante qui vient s’exhiber sous nos yeux risquerait de s’écrouler.
Chaque dessin est un pari pour l’existence et un aveu de sa fragilité. Il se déploie comme une succession de plis ou de superpositions d’éléments discrets semblant aimantés entre eux a minima. Chaque structure, chaque existence donc, est comme saisie juste après son apparition et juste avant le seuil d’une rupture.
Et puis vient la couleur, ou plutôt les couleurs. Elle dansent de micro-surface en micro-surface, celle de ces petits « carrés » qui constituent l’élément de base et donc l’unité de mesure de chaque structure dessinée. Les couleurs, ici, se manifestent sous la forme de hachures colorées.
Avec la couleur tout change. En fait, tout a déjà changé. La structure s’est mise à danser et l’on se retrouve à tendre l’oreille, comme si le dessin était porteur de voix, de bruits de vie, de chants que le fond blanc empêchait de surgir.

Concrétions

La parenté avec les sculptures faites de matériaux divers que sont les maquettes abandonnées est évidente. Œuvres dues à des mains agiles se mettant en action dans des moments de parenthèse cérébrale - un entre-deux dans lequel, entre travail et repos, l’imagination peut se déployer - les maquettes assurent aux plis une consistance et aux couleurs une expressivité maximale. Elles deviennent, à travers le jeu différentiel des plis, les doubles des dessins où se mettent en scène des plissements vibratiles.
Comme ces maquettes ne sont pas des projets d’habitation mais des manifestations d’une donne psychique dans laquelle la raison est mise au repos, on ose s’aventurer dans une visite décomplexée. _
L’œil remarque vite, à son plus grand plaisir qu’il peut les traverser, car il n’y a pas de murs. Il peut danser le long des parois, et refaire à sa manière les mouvement que firent les mains agiles. Il peut tenter de projeter un rêve dans le vide accueillant qui scintille entre les éléments et alors faire de l’œuvre le support d’une invention sautant au-dessus des paradoxes.
Car ici, l’œil rejoint la main, le dessin rejoint le reflet du soleil sur l’envers de la pupille et l’œuvre, dessin ou sculpture, établit son règne dans l’arrière-cour de nos attentes, là où l’on peut se reposer à l’abri du ciel.

Jean-Louis Poitevin
Écrivain, critique d’art, docteur en philosophie, rédacteur en chef de la revue en ligne www.tk-21.com


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