La Galerie Martagon, depuis sa création s’attache à défendre et faire découvrir l’art contemporain en milieu rural. Les artistes présentés, qui pour la plupart vivent et travaillent en région PACA exposent dessins, gravures, peintures, installations, photographies plasticiennes. Michel Barjol, directeur, vous reçoit du mercredi au dimanche de 11h à 12h et de 16h à 19h, et sur rendez-vous. La programmation éclectique, exigeante et engagée dans la découverte de l’art actuel se déroule d’avril à décembre et propose 4 expositions personnelles et 2 ou 3 expositions de groupes thématiques.
du 20 juin au 1 août 2010
vernissage le samedi 3 juillet
Les regards de plaisir, les commentaires chargés de superlatifs des enfants de l’École Primaire de Malaucène, ont forcé mon œil d’amateur d’art blasé par la pratique et l’habitude à une relecture du travail de Sylvie Maurice. Par quel tour de magie a-t-elle pu transformer ces petites brutes braillardes et vindicatives en petits couillons béats, les yeux chargés de lumière, emplir l’espace de bonheur, ce bonheur fugace dû aux grandes occasions, instants gravés au plus profond de nos esprits. ?
Quelque soit leur poids, les sculptures de Sylvie sont des météorites qui atterrissent dans une infinie douceur, elles ont le don particulier de se rendre attirantes et interroger notre part sentimentale, résultat d’une science exacte qui a peur de ses certitudes.
En restituant des images invisibles à l’œil nu, des images qui ne se laissent saisir qu’à leur périphérie, elle prend appui sur un réseau de résonances scientifiques et échappe à son apesanteur. L’extrême pertinence du rapprochement à la nature produit un dessin spatial qui révèle la poétique de l’intervalle.
Le fil de fer, le papier japon, la résine, les mues, pollens, nasses et carapaces tracées par des gestes naïfs empruntés à l’artisanat, faits de matériaux simples se transforment en graphismes savants et subtils, scientifiques dans la forme, dessin d’un espace à peine délimité enrichi par la lumière révèle en nous une impression de bonheur enfantin, celui qui est toujours pour demain, actualisé par le vertige de ces forces en suspension.
Nous pourrions avancer que Sylvie Maurice est Pénélope, se questionner si (s)tressant ses fils de fer elle se soigne ou se fatigue. Nous pourrions penser à l’ennui, un labeur fastidieux venant de la pratique, mais le travail de Sylvie M. nous emmène ailleurs, un endroit qui fait le vide dans nos têtes. Nous nous laissons aller à reconstruire, déstabiliser, se réapproprier l’œuvre, les images subliminales érotisées par notre esprit. La richesse d’une œuvre ne se mesure pas par le temps passé à son élaboration, mais par son impact dans la durée, ses charges émotionnelles, sa manière de se rendre indispensable, par la distance qui la rend respectables, recul dérangeant, arrogant qui la sépare du plus grand nombre.
La possible lecture à deux vitesses comble les manques de cette mise à distance, il n’y a rien de plus perturbant que de se retrouver face à des situations qui ne nous laissent aucun échappatoire.
Prise dans son ensemble, qu’elle soit gravée ou sculptée, l’œuvre de Sylvie se lit comme un collage que l’on peut lier par les synonymes émotionnels suivants : choc, bouleversement, émoi, sensibilité, sentiment, trouble, vertige ? Alors laissons-nous embarquer dans ce monde contradictoire poético-scientifique.
Michel Barjol - juillet 2006 (Catalogue St Fons)
du 6 Août au 12 Septembre 2010
Vernissage le vendredi 6 août 18h30
“Nonobstant les tours et détours, comme la confiture rejoint toujours le garde-manger, tu finis toujours par y glisser un petit mot qui n’et pas de toi et qui trouble par le souvenir qu’il réveille.”
Ou, comment d’une pratique naît une poétique qui, représentée, devient objet d’exposition...
la dimension onirique en sus
Soit un programme artistique d’investissement de la sculpture compréhensible en deux mouvements. Un premier mouvement, permanent, correspondant au temps de la pratique en tant qu’elle relève de l’expérience. c’est l’élaboration dans le cadre de l’atelier, fût-il symbolique, d’un ensemble de signes, de matériaux, de gestes, aussi de postures, qui vise à l’extension constante du domaine des possibles. S’y dessinent des ébauches de méthodes qui relèvent autant de l’exercice que de l’occurrence, avec en creux la volonté de défier la résistance du médium : introduction des arts mineurs, d’un horizon non-occidental, etc. Considérant que c’est la forme qui toujours génère du sens, et non l’inverse, posons, en un second mouvement, la représentation comme mode de médiation. La sculpture, instant de la représentation, agit alors comme pause (dans le temps) et pose (dans l’espace), du flux de l’expérience, et rend ainsi possible sa médiation. C’est dire qu’elle n’est qu’un au-deçà figé, ex-posé. La sculpture Arabesque me semble correspondre le plus évidemment à cet énoncé. Soit, le déploiement dans l’espace d’une ligne figurée par les volutes d’un rocking-chair semblant s’échapper d’une cafetière ciselée. Les éléments constituants ne sont que posés, maintenus dans un équilibre précaire qui rejoue l’instant figé. L’élémentarité du dispositif fait tension avec la multiplicité des images convoquées. C’est sur cette tension que s’articule la construction mentale, au sens où la grammaire est l’articulation d’un, discours.
“C’est vrai”, m’a-t-elle répondu en hochant la tête.
En me levant je glissais un dernier regard sur les chaises au soleil. Les jeunes gens étaient allés danser et les chaises demeuraient vides sous le soleil flamboyant. Une boisson quelconque avait été répandue sur la table et lançait des reflets brillants et menaçants.
Karim Ghelloussi, Bordighera, 3 mars 2002
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